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On dit que les particuliers perdent face au marché, et que les professionnels ne font pas mieux. On a relu les études pour voir ce qui tient, et ce qui dépend de ce qu'on fait de son argent.

« Les particuliers font moins bien que le marché. » Tu l'as sûrement déjà lu ou entendu. Juste derrière vient souvent l'autre phrase : « Mieux vaut confier son argent à des professionnels. » Les deux sont répétées partout, et presque personne n'a ouvert les études sur lesquelles elles s'appuient. Alors, qu'est-ce qui est vrai ?

Freedom is a number.

Chez ExSys, on construit des outils qui rendent ton avenir financier lisible, on écrit des articles qui expliquent comment l'argent et l'économie fonctionnent vraiment, et on te donne de quoi gérer ton portefeuille toi-même.

Aujourd'hui, ce que disent vraiment les études sur les particuliers face au marché, limites comprises.

La réponse tient en trois phrases. Si tu achètes et vends souvent, tu fais moins bien que quelqu'un qui ne touche à rien. Si tu utilises des produits à levier, tu perds presque toujours. Et les fonds gérés par des professionnels font moins bien que leur indice dans la grande majorité des cas, sur dix ans et plus. Un indice est un panier d'actions qui sert de point de comparaison, comme le CAC 40.

Ce que tu perds en achetant et en vendant souvent

L'étude de référence date de 2000. Brad Barber et Terrance Odean ont suivi 66 465 ménages américains qui avaient un compte chez un courtier en ligne, de 1991 à 1996. Ils les ont classés selon la fréquence de leurs opérations, puis ont comparé ce que chaque groupe avait gagné une fois les frais payés.

Rendement annuel net, 1991-1996

66 465 ménages américains, classés selon le nombre de transactions

Ceux qui négocient le moins
18,5 %
Le marché américain
17,9 %
Le ménage moyen
16,4 %
Ceux qui négocient le plus
11,4 %
Source : Barber et Odean, Trading Is Hazardous to Your Wealth, Journal of Finance, 2000. Rendements après frais.

Avant frais, les ménages très actifs et les ménages très calmes obtenaient presque le même rendement. Les sept points d'écart par an viennent donc des coûts : les commissions, et l'écart entre le prix d'achat et le prix de vente. Chaque opération a un prix, et celui qui en fait cent fois plus le paie cent fois.

Deux réserves. Les données sont anciennes et viennent d'un seul courtier, à une époque où les commissions étaient bien plus élevées qu'aujourd'hui. Mais le mécanisme n'a pas changé : une étude sur tous les investisseurs de la Bourse de Taïwan arrive au même résultat. Les particuliers perdent en moyenne par leurs transactions, et les institutionnels (banques, fonds, assureurs) gagnent.

Avec du levier, c'est pire

Les CFD et le Forex sont des produits à effet de levier : tu mises une petite somme pour contrôler une position bien plus grosse, ce qui amplifie les gains comme les pertes. Un CFD est un contrat qui suit le prix d'une action ou d'un indice sans que tu la possèdes, et le Forex est l'échange de devises entre elles. En 2014, l'Autorité des marchés financiers (l'AMF, le régulateur français) a regardé les comptes de 14 799 clients français actifs, sur quatre ans.

  • 89,4 % d'entre eux avaient perdu de l'argent sur l'ensemble de la période.
  • La perte moyenne était de 10 887 € par client, la perte médiane de 1 843 €.
  • Les bourses montaient pendant ce temps : le CAC 40 (les quarante plus grandes entreprises françaises), dividendes compris, gagnait environ 30 % entre 2009 et 2012. Ce n'est pas une affaire de mauvaise conjoncture.
  • Les commissions et frais de financement ne représentaient que 14,2 % des pertes. Les écarts de prix entre achat et vente, eux, n'étaient pas communiqués.

Cette étude porte sur les CFD et le Forex, pas sur des actions achetées en direct. Elle ne dit rien de celui qui achète un fonds et le garde. Elle dit seulement ceci : dans ce segment-là, perdre est la règle, pas l'exception.

L'écart entre le fonds et celui qui l'achète

Il existe une troisième façon de mesurer. Morningstar, une société d'analyse de fonds, compare le rendement d'un fonds avec le rendement réel de ses clients, en tenant compte du moment où chacun a mis ou retiré de l'argent. Un fonds peut très bien gagner plus que ses clients, parce qu'ils sont entrés tard ou sortis tôt. Voici ce que ça donne sur dix ans à fin 2024, pour les fonds et les ETF américains (un ETF est un fonds coté en Bourse qui suit un indice) :

Le fonds et son investisseur, dix ans à fin 2024

Rendement annuel moyen, fonds et ETF américains

Le fonds lui-même
8,2 %
L'investisseur moyen du fonds
7,0 %
Source : Morningstar, Mind the Gap, édition 2025. Rendement pondéré par les flux d'argent des investisseurs.

L'écart est de 1,2 point par an, soit environ 15 % du rendement. Il vient du moment des achats et des ventes : on investit davantage quand tout va bien, on sort quand ça baisse. Morningstar précise que cet écart n'est pas toujours une erreur : celui qui investit chaque mois, ou qui rééquilibre son portefeuille, fait aussi apparaître un écart sans avoir mal agi.

Pour mesurer ce que vaut 1,2 point, un calcul simple. À 8,2 % par an, 10 000 € deviennent environ 106 000 € en trente ans. À 7,0 %, environ 76 000 €. Cela fait trente mille euros d'écart, sans qu'aucune faute grave ait été commise.

Et les professionnels ?

On pourrait en conclure qu'il vaut mieux déléguer. Les chiffres ne vont pas dans ce sens. Chaque année, S&P Dow Jones Indices publie SPIVA, un rapport qui compare les fonds actions gérés activement, c'est-à-dire par des gérants qui choisissent eux-mêmes les actions, à leur indice de référence. Pour les fonds américains d'actions de grandes entreprises, à fin 2025 :

Part des fonds gérés activement qui font moins bien que leur indice

Fonds actions américaines de grandes entreprises, à fin 2025

Sur 10 ans
86 %
Sur 15 ans
90 %
Sur 20 ans
93 %
Source : S&P Dow Jones Indices, SPIVA U.S. Scorecard, fin 2025. Le comparatif porte sur les fonds, pas sur les conseillers.

Et ces chiffres sont encore flatteurs. Seuls 67 % des fonds existants au départ sont encore là dix ans plus tard, 51 % quinze ans plus tard, 35 % vingt ans plus tard. Les autres ont fermé ou fusionné, souvent après de mauvais résultats, ce qui n'apparaît dans aucune plaquette.

Une partie de l'explication tient aux frais. Selon l'ESMA, l'autorité européenne des marchés financiers, les fonds actions gérés activement coûtent en moyenne 1,2 % par an, contre 0,2 % pour un ETF qui suit simplement un indice. Prenons le même rendement avant frais, 7 % par an, sur trente ans : 10 000 € deviennent environ 54 000 € d'un côté, environ 72 000 € de l'autre. Ce calcul est le nôtre, et il suppose que les deux placements rapportent la même chose avant frais.

Alors, tout seul ou avec des pros ?

Les études ne désignent pas de gagnant entre toi et les professionnels. Elles montrent trois choses.

  • L'agitation coûte cher. Plus tu opères, plus tu paies, et plus tu t'éloignes du marché.
  • Les frais se composent comme le reste. Un point par an paraît petit. Sur trente ans, il enlève un quart du capital final.
  • Le levier est le segment où l'on perd le plus souvent : neuf clients sur dix ont perdu dans l'étude de l'AMF.

Ce qu'on ne sait pas, et il faut le dire : on n'a trouvé aucune étude sur l'ensemble des particuliers français qui détiennent des actions ou des ETF. L'étude de l'AMF porte sur des produits à levier. Celui qui achète un ETF large et n'y touche plus ne figure dans aucune des statistiques ci-dessus. À peu de chose près, il obtient le rendement du marché moins ses frais.

Cet article décrit des faits, il ne donne pas de conseil d'investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et un placement en actions peut perdre de la valeur.

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Sources

  • Brad M. Barber et Terrance Odean, « Trading Is Hazardous to Your Wealth: The Common Stock Investment Performance of Individual Investors », The Journal of Finance, avril 2000 : 66 465 ménages, 1991-1996.
  • Brad M. Barber, Yi-Tsung Lee, Yu-Jane Liu et Terrance Odean, « Just How Much Do Individual Investors Lose by Trading? », The Review of Financial Studies, 2009 : Bourse de Taïwan, 1995-1999.
  • Autorité des marchés financiers, Étude des résultats des investisseurs particuliers sur le trading de CFD et de Forex en France, 13 octobre 2014 : 14 799 clients actifs, quatre ans.
  • Morningstar, Mind the Gap, édition 2025 : dix ans au 31 décembre 2024, fonds et ETF américains.
  • S&P Dow Jones Indices, SPIVA U.S. Scorecard, fin 2025 : fonds actions américaines de grandes entreprises, 10, 15 et 20 ans, avec taux de survie des fonds.
  • ESMA, Market Report on Costs and Performance of EU Retail Investment Products, 2025 : frais courants 2024 des fonds actions gérés activement (environ 1,2 %), des ETF actions actifs (0,3 %) et passifs (0,2 %).

Calculs ExSys : capital de 10 000 € sans versement, rendement annuel constant, capitalisation annuelle, frais déduits du rendement, sur trente ans. Ce sont des exemples arithmétiques, pas des prévisions.